Œuvres inédites, 1863 (10 juin)

Notes et éclaircissements

 1. En 1862, cette maison fut le théâtre d’un crime atroce. Un jeune homme de dix-neuf ans, Dorangeon, poignarda une pauvre femme et sa nièce. Qui pourra jamais sonder ces effroyables mystères de la destinée ? Le même toit a abrité un poëte et un assassin.

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 2. Quelques écrivains ont prétendu qu’Hégésippe Moreau fut légitimé par son père. C’est un fait dont les actes civils ne font pas mention, et Moreau fut déclaré à la mairie du dixième arrondissement, le 9 avril 1810, sous le nom de Pierre-Jacques Roulliot, né le 8 avril 1810, à dix heures du matin, rue Sainte-Placide, n° 9, de Marie-Philibert Roulliot, àgée de trente six ans, née à Cluny (Saône-et-Loire). Les signataires de l’acte étaient un joaillier et un huissier, deux témoins dont on s’expliquerait difficilement, sans les bizarreries du hasard, la présence au berceau d’un poëte nouveau-né. La déclaration du sexe fut faite par la sage-femme Devaux, demeurant rue de Sèvres, n° 34.

On trouve sur le registre de baptême de la paroisse Saint-François-Xavier-des-Missions, rue du Bac :

« Le 9 avril 1810, a été baptisé Pierre-Jacques, né d’hier, fils de Marie-Philibert Rouilliot, rue Sainte-Placide, n° 9. Le parrain Pierre-Jacques Gouelle, joaillier, demeurant rue de Harlay, no 4, et la marraine, Claire Tilloy, femme Schmit, demeurant rue Sainte-Placide, n° 9, ont signé »

On lit encore dans les archives de la ville de Provins :

« Du 15 mai 1814, décès de Claude-François Moreau, professeur au collège, âgé de 58 ans, né à Poligny (Jura). » Et plus loin : « Du 5 février 1823, décès de Jeanne Reulliot, veuve de François Moreau, âgée de 49 ans, née à Cluny (Haute-Saône), fille de feu Pierre-Antoine Roulliot et de feu Anne Tranchelot, son épouse. »

Si on croyait ce témoignage, Moreau aurait été reconnu légalement par son père, et le nom qu’il portait serait bien légalement le sien, mais c’est une induction gratuite que les employés de l’Etat-Civil ont tirée de la vie exemplaire des parents de Moreau, qui n’ont laissé à Provins que d’excellents souvenirs. Cette erreur expliquera facilement les variantes du nom de la mère de Moreau qui s’appelle tour à tour Roulliot, Rouilliot ou Reulliot, avec des prénoms et des origines qui changent deux fois. C’est cet embarras de nom qui fit que le poëte ne fut porté ni à Provins, ni à Paris, sur les listes de conscription.

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 3. Avon est une petite ville très-ancienne, délicieusement située sur la lisière de la forêt de Fontainebleau. L’église paroissiale renferme les tombes du malheureux marquis Monaldeschi, du roi de France Philippe le Bel et de la reine Jeanne de Navarre, son épouse. Dans le cimetière ont été enterrés le naturaliste Daubenton et le mathématicien Bezout Je rappelle ces faits parce que je crois qu’il y a pour les poëtes une puissance dans les souvenirs. L’imagination de Moreau dut alors en sentir l’influence.

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 4. M. de Cosnac restera, malgré le satirique souvenir de Moreau, un des caractères aimables du gallicanisme moderne. Il était tolérant il honorait les lettres et les cultivait.

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 5. Mademoiselle Louise Labeau, celle que Moreau appelle sa sœur, était la fille, de l’imprimeur de Provins. Elle était de l’âge du poëte. C’est la personne qui a joué le plus grand rôle dans la vie de Moreau. « Je pense toujours à Provins, lui écrit-il en 1829, il me semble que j’y ai laissé à la fois une mère,… une amie. Ma sœur, vous étiez là pour m’aimer comme une famille entière. Mon pays, c’est vous. » Mademoiselle Lebeau devint madame Jeunet, et Moreau, dans ses lettres à madame Guérard, l’appelle « madame J***. »

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 6. Madame Emma Ferrand, de la Gironde, dont Moreau parle très-souvent dans ses lettres inédites à sa sœur, est la personne qui a le plus constamment et le plus fidèlement protégé Moreau à Paris. Dans une de ses lettres inédites, le poëte l’appelle « l’idole n° 3. » Hégésippe Moreau, dans son « ode à Bordeaux, » la chanta

Entre mes idoles jumelles,
Prends donc place et règne comme elles,
Dans le Panthéon de mon cœur.

Et il ajoute en marge, sur l’original de cette pièce que j’ai entre les mains, « les idoles de mon Panthéon s’appellent Sophie et Louise. » Moreau dit encore dans deux lettres, la première à la date d’août 1836, que madame Emma Ferrand veut le marier et dans la seconde, en date du 24 juillet 1837, il peint ainsi la Girondine « Madame Ferrand est une petite femme de quarante ans environ, spirituelle, vive et même étourdie. Elle a dû être naturellement fort gaie. Mais elle a eu de grands malheurs. Elle a perdu à la fois une assez belle fortune et deux enfants de cinq à six ans. Depuis ce temps, elle parle comme on soupire. C’est une femme aussi honnête que bonne. »

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 7. Il est vrai qu’en 1839, date de cette lettre, Hégésippe Moreau coucha plusieurs nuits dans les maisons en démolition. Cependant, à diverses époques, il eut un domicile. Au bas de ses lettres inédites à sa sœur, il donnait son adresse : en 1830, rue Saint-Jacques, 194 ; en 1836, rue Montorgueil, hôtel des Postes ; en 1837, rue des Mathurins-Saint-Jacques, 11, et quai Bourbon (île Saint-Louis), 19 ; en 1838, rue de Vaugirard, 36. Lorsque Moreau demeurait rue des Mathurins-Saint-Jacques, il était presque toujours malade. Un soir dans sa détresse, il écrivit à M. de Vigny qu’il était mourant. Les deux poëtes qui s’étaient vus depuis « Chatterton, » s’étaient compris. M de Vigny accourut, mais le pauvre Moreau venait d’être mis à la porte par le concierge qui ne put donner sa nouvelle adresse ; cependant, le portier assura qu’il devait revenir chercher un petit paquet qu’il avait laissé pour 20 francs. Désolé, l’auteur de Stello laissa sa bourse en disant « C’est pour lui quand il reviendra. » C’était la bourse d’un poëte pour un poëte, mais il est dit dans la Comédie enfantine de Louis Ratisbonne :

Dieu ne voit pas ce que l’on donne,
Mais de quel cœur on a donné !

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 8. Sainte-Marie Marcotte, un camarade d’âge d’Hégésippe Moreau, était le fils du receveur général des finances du département de l’Aube. Il était étudiant en Droit.

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 9. Il est probable qu’Hégésippe Moreau ne connaissait pas encore Escousse, car il n’eût pas été sans en parler à sa sœur. Escousse, après s’être battu sur la place de Grève pendant trois heures, accourut aux Tuileries, ou la fusillade était très-vive, s’adjoignit à « la petite troupe » dont parle Moreau, et fut blessé.

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 10. « Je suis entré, écrit-il à sa sœur, chez M. Decourchant : il y a plus d’ouvrage que chez Didot. »

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 11. Saint-Martin de Chennestron que madame Guérard, belle-fille de madame Favier, habitait alors, est un petit village à vingt kilomètres de Provins ; il n’a rien d’historique. La Voulzie y prend sa source à quelques pas de la ferme chantée par Moreau.

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 12. M. Boby de la Chapelle fut nommé préfet de Seine-et-Marne après 1830, par la protection de Lafayette. C’est à l’occasion d’un de ses bals auquel on décida difficilement le poëte à assister que fut composée la chansonnette : « Non, non, je n’irai pas au bal. » Ce magistrat porta de l’intérêt à Moreau, et on lit dans une lettre inédite du poëte à madame Guérard, à la date du 3 septembre 1830 « M. de la Chapelle m’a fait des promesses positives de la part de M. de Lafayette ; mais il faudrait que je pusse me présenter d’une manière décente. » On ne connaît pas ces promesses, mais ce qui est évident, c’est qu’en ce temps là comme aujourd’hui, M. de Lafayette, comme tant d’autres, avait le culte de l’habit noir, et qu’il ne se souvint pas des vers que lui avait adressés Moreau.

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 13. M. le docteur Michelin a droit à une reconnaissance spéciale : il fut un des défenseurs du Diogène, et une des causes de son suecès à Provins. Depuis, il a recueilli de Moreau tout ce que le temps a épargné.

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 14. C. Opoix, un des plus généreux amis de Moreau, était un esprit cultivé et un très-noble caractère. Républicain, ancien conventionnel, il parla toujours pour la Révolution ; et rentré dans ses foyers, il sut honorer son pays par des travaux d’érudition et d’archéologie : l’Ancien Provins, le Siège de Provins par Henri IV, etc., sont des monographies à consulter.

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 15. Ces dames s’appelaient la baronne de R***, la comtesse de B***, la marquise C***, trois noms tout à fait éteints.

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 16. « Ce jeune homme, écrit Moreau en 1837, est mon ami, mon intendant, mon trésorier (cette dernière fonction est une sinécure). Il jouit d’une grande aisance et d’une excessive probité, et m’a toujours témoigné l’affection la plus vive et la plus désintéressée. » Moreau, dans la première édition du Myosotis, lui avait dédié des vers.

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 17. Sainte-Marie Marcotte, ordinairement bien renseigné, n’est pas ici d’une exactitude complète. On lit, en effet, dans les archives de l’hôpital de la Charité « Le 9 novembre 1838, est entré à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Louis, n° 12, sur billet délivré par M Darcet, interne dans le service de M. le docteur Andral, le sieur Moreau, Hégésippe, correcteur d’imprimerie, né à Paris et demeurant rue de Vaugirard, n° 36 (XIe arrondissement), décédé le 19 décembre suivant d’une phthisie pulmonaire, après 39 jours de maladie. »

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 18. Sainte-Marie Marcotte demeurait alors rue Jacob, n° 46, dans l’hôtel qu’habite aujourd’hui M. Laurent Pichat.

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 19. Acte de décès du 20 décembre 1838, à neuf heures du matin « Le jour d’hier, à une heure du matin, est décédé, rue Jacob, 45, Hégésippe Moreau, âgé de vingt-huit ans, correcteur, né à Paris, y demeurant, rue Vaugirard, 36. Constaté par nous, Jean-Charles Thierriet, adjoint au maire du dixième arrondissement de Paris, faisant les fonctions d’officier de l’état civil, sur la déclaration de Raymond Brondel, âgé de trente-neuf ans, et de Lazare Moissonnet ; âgé de cinquante-un ans tous deux employés, et demeurant rue Jacob, 45, lesquels ont signé avec nous, après lecture à eux faite de l’acte. »

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 20. Diogène eut neuf numéros de 16 pages in-16 ; quatre parurent chez Lebeau, imprimeur à Provins ; deux imprimés chez Locquin, à Paris, sont intitulés : Diogène, fantaisies poétiques ; trois qui ont paru chez Everat, imprimeur a Paris, ont pour titre, le septième et le huitième : Diogène, boutades cyniques le neuvième : Poésies. En 1843, parut une brochure in-8 de 16 pages Vers pour faire suite au Diogène, d’Hégésippe Moreau. Ces vers n’ont aucun rapport avec le poëte du Myosotis. Sur Hégésippe Moreau, on peut consulter Vallery-Radot, Revue hebdomadaire, 1851 ; Félix Pyat, Revue du Progrès, 15 janvier 1839 ; Biographie Michaud (Supplément), la Réforme, 1845 ; 0. Farrys, Dictionnaire de la Conversation ; Arsène Houssaye, le 41e Fauteuil de l’Académie française ; Antoine Camus, étude sur le Myosotis, 1859 ; Léon de Wailly, Illustration, 1859 ; Louis Ulbach, Courrier du Dimanche. Toutes ces critiques sont des études littéraires du Myosotis, dont voici les principales éditions : Petits Contes et petits Vers, Dessessarts, in-8, 1838 ; le Myosotis augmenté du Diogène, avec une notice par Sainte-Marie Marcotte : cette édition a été réimprimée douze fois de 1840 à 1857 ; le Myosotis cinquième édition, deux volumes in-32 jésus Masgana, 1846 ; le Myosotis (bibliothèque Charpentier), 1848 ; Œuvres complètes d’Hégésippe Moreau avec une étude littéraire de M. Sainte-Beuve, in-18, Garnier, 1860 ; Œuvres complètes d’Hégésippe Moreau, avec une notice par M. Louis Ratisbonne, in-18, Lévy, 1861 ; le Myosotis, suivi de la biographie des auteurs morts de faim, petit in-32, Passard, 1857 ; le Myosotis illustré’(livraisons populaires), avec une préface par Fulgence Girard, grand in-4, Bry, 1852 ; Contes à ma sœur, avec une introduction par Octave Lacroix, in-18, Masgana, 1851.

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 21. Berthaud était un des amis les plus intimes d’Hégésippe Moreau. C’est grâce à lui que le Myosotis fut imprimé ; il fit toutes les démarches. Collaborateur du Charivari et poëte satirique, Berthaud publia Asmodée (1832) ; l’Homme rouge ; Une voix dans Paris ; Gisquetéides ; Un mois à Naples, comédie-vaudeville (1837) ; la Moléide (1839). Berthaud est mort, en 1845, à l’âge de trente-quatre ans.

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 22. C’est d’après ce masque authentique qu’a été gravé le portrait de Moreau, placé en tête de ce livre. Au premier plan de cette vignette, on voit Champbenoist, propriété de madame Favier, où fut élevé le poëte. La maison est exacte dans tous ses détails. Au troisième plan se dessine le tombeau d’Hégésippe Moreau au cimetière Montparnasse.

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