Malfilâtre
(Jacques-Charles-Louis
Clinchamps de)
Larousse du xixe
siècle
Tome 10 L—MNEN, page 1011
Malfilâtre (Jacques-Charles-Louis de Clinchamp de), poëte français, né à Caen en a, mort à Paris en . Sa mort prématurée, à trente-quatre ans, et deux vers de Gilbert lui ont valu une notoriété plus grande que son œuvre lui-même, qui est peu considérable et où l’on ne trouve guère que des promesses. Le temps lui manqua pour prendre possession de son propre talent et s’exonérer des inexpériences juvéniles. C’est à tort, du reste, qu’on l’a comparé à Gilbert ; ces deux poëtes n’ont d’autre point de ressemblance que d’être morts jeunes tous deux. Malfilâtre était d’un caractère doux et aimable, et il se confina dans l’études des littératures grecque et latine ; il admirait leurs chefs-d’œuvre, qu’il essaya de transporter patiemment dans notre langue. Gilbert, esprit violent et ombrageux, rejeté dans le cléricalisme par haine des encyclopédistes, qui n’admiraient point son génie, n’avait de talent que pour la satire, et ne produisit que des œuvres de colère. Il n’y eut donc entre eux, nous le répétons, d’autre point de ressemblance que leur commune destinée.
Les parents de Malfilâtre, quoique descendant par l’une et l’autre branche d’une noble famille, étaient tombés dans l’indigence ; heureusement, ils connaissaient le prix de l’instruction, et ils profitèrent pour leur enfant des moyens gratuits d’instruction que la ville de Caen s’est toujours honorée d’offrir à ses citoyens peu favorisés de la fortune. Ils purent le placer au collége du Mont, tenu par les jésuites, qui avaient alors en main toute l’instruction publique. Il y fit de solides études classiques et se prit de goût surtout pour Virgile. Aussitôt sorti du collége, il débuta avec éclat dans la poésie académique. Il y avait à Caen, comme à Rouen et à Dieppe, une académie littéraire, connue sous le nom de Palinod, où étaient institués des concours de poésie lyrique. Le sujet mis tous les ans au concours était une ode ou un sonnet en l’honneur de l’immaculée conception. Malfilâtre concourut, mais il ne remporta aucun prix ; son talent était trop profane pour s’accomoder de cette bigoterie outrée. Il fut plus heureux aux Palinods de Rouen, où il obtint quatre fois le prix de l’ode pour les pièces suivantes : Elie enlevé aux cieux (1753), la Prise du fort Saint-Philippe (1756), Louis le Bien-Aimé sauvé de la mort (1757), et, enfin, le Soleil fixe au milieu des planètes (1759), composition bien supérieure aux trois autres. Le retentissement de ce dernier succès fut grand ; Paris s’en occupa, car la société oisive du xviiie siècle accordait encore quelque faveur aux poëtes. Marmontel inséra la pièce dans le Mercure de France, qu’il rédigeait, et n’hésita pas à prédire une brillante carrière au débutant.
Malfilâtre était trop modeste pour profiter de ce succès, et peut-être eut-il tort. Une ode, dans ce temps-là, valait de hautes protections et ouvrait toutes les portes. Il resta encore quelque temps confiné dans sa province, et ne vint à Paris que sur les sollicitations du libraire Lacombe qui, ayant vu de lui quelques fragments de traduction de Virgile, en vers, lui proposa d’en entreprendre une traduction complète. Les Géorgique et une partie des Eglogues, moitié en prose, moitié en vers, parurent peu de temps après, et valurent même à Malfilâtre d’assez fortes sommes, qu’il dissipa avec une insouciante prodigalité, et il tomba vite dans une extrème pénurie. Les soucis de sa position ne l’empêchèrent pas, toutefois, de commencer son poëme de Narcisse ; mais il vivait dans des transes continuelles, tourmenté de l’idée que ses créanciers voulaient le poursuivre et le faire emprisonner. Un ami parla de lui à M. de Savine, évêque de Viviers, lui lut quelques-un de ses vers, et lui inspira un vif désir de connaître le poëte. Le prélat vint le voir, et trouva, dit-il, « le jeune homme le plus aimable dans les horreurs de l’indigence. » Il loua pour lui un petit logement à Chaillot, l’y installa sous le nom de Laforêt et, dans cette retraite ignorée, Malfilâtre put achever en repos Narcisse, petite composition mythologique où respire un vif sentiment des beautés de la littérature grecque. Cependant l’isolement lui pesait ; une affreuse maladie, dont lui avait fait présent quelque beauté trop facile, le minait lentement. Par surcroît, il arriva que sa retraite fut découverte par une hôtelière qui lui avait fait crédit, et de chez laquelle il avait fui sans payer : il s’attendait à des récriminations, et se voyait déjà emprisonné ; mais l’excellent femme, touchée de son dénûment, lui fit promettre de revenir chez elle, où il serait beaucoup mieux pour recevoir les soins que réclamait son état. Malfilâtre, ému d’un procédé si rare, la remercia les larmes aux yeux, et se fit transporte au logide cette dame, où il mourut trois mois après, des suites d’opérations cruelles qu’il lui avait fallu subir. Les deux fameux vers de Gilbert :
S’il n’eût été qu’un sot il aurait prospéré,
ne sont donc pas rigoureusement vrais. Malfilâtre a connu le dénûment, mais il n’est pas mort de faim, et nul doute que son beau talent ne lui eût acquis bien une notoriété profitable, s’il avait pu y joindre cet esprit d’ordre qui est nécessaire à tout le monde, même aux poëtes.
Son poëme de Narcisse, qu’il avait vendu 800 livres au libraire Lejay, ne parut qu’après sa mort (1768, in-8°), avec son chef-d’œuvre lyrique, le Soleil fixe au milieu des planètes. Il s’en fit presque aussitôt plusieurs réimpressions, qui en attestent le succès. Une édition des Œuvres de Malfilâtre a été publiée (1805, in-18) avec une intéressante notice d’Auger ; elle contient ce petit poëme mythologique, les quatre odes et les fragments de traduction de Virgile, mentionnés plus haut.
Larousse du xixe
siècle
Tome 4 I—M, page 624
Malfilâtre (Jacques-Charles-Louis de Clinchamp de), poëte français, né à Caen en 1732, mort à Paris en 1767. Il fut élève au clollège des jésuites de Caen, et quatre rois couronné aux Palinods de Normandie. Marmontel consacra sa jeune renommée en insérant dans le Mercure la meilleure de ses odes : le Soleil fixe au milieu des planètes (1759). S’étant rendu à Paris, Malfilâtre y mena une vie assez précaire. Il publia quelques Eglogues et un poème : Narcisse dans l’île de Vénus, composition mythologique où respire, vingt-cinq ans avant Chénier, un vif sentiment des beautés de la littérature grecque. Il mourut encore jeune, des suite d’une chute de cheval. Gilbert a dit de lui, assez improprement :
S’il n’eût été qu’un sot il aurait prospéré,
Liens externes
- Poésies de Malfilâtre: poèmes, odes et traductions; avec une notice bio-bibliographique par Léopold Derôme, 1884 ; A. Quantin, Imprimeur-Éditeur ; Paris, 7 rue Saint-Benoit. Cet ouvrage est disponible sur le site archive.org en deux exemplaires : posiesdemalfilt00dergoog et posiesdemalfilt00malfgoog, ainsi que sur le site de gallica : ark:/12148/bpt6k9767425j.
- Jacques Clinchamps de Malfilâtre, article sur wikipédia.
- Nouvelle biographie générale : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Tome XXXIII. Maldonado-Martial, publiée par MM. Firmin-Didot frères, sous la direction de M. le Dr Hoefer, Paris, 1854-1866. L’article sur Malfilâtre se trouve aux colonnes 46 et 47.
[a] Le Larousse du xixe siècle donne, par erreur que j’ai corrigée ci-dessus, 1733 comme date de naissance. La date correcte est donnée dans le Larousse du xxe siècle. ⤶
J’adopte pour le titre de cette page l’orthographe donnée par la notice biographique de la BNF. On notera aisément que le Larousse ne pouvait pas faire de même.